Un emisfera en sua capeles
Un emisfera en sua capeles (Un Hémisphère dans une chevelure), par Charles Baudelaire
Traduida par Andrew Burns
Lasa ce me enspira tra longa, tra longa, la odor de tua capeles, sumerje mea fas intera en los como un om side en la acua de un fonte, e brandi los con mea mano como un teleta bonodorosa, per secute recordas en la aira.
Si sola tu ta sabe tota lo cual me vide! Tota lo cual me senti! Tota lo cual me oia en tua capeles! Mea alma viaja sur la parfum como la alma de otra omes sur musica.
Tua capeles conteni un sonia intera, plen de velas e mastos; los conteni mares grande cui monsones porta me a climas encantante, do spasio es plu blu e plu profonda, do frutas, folias e pel umana parfumi la atmosfera.
En la mar de tua capeles, me videta un porto xamante con cantas melancolica, omes forte de tota nasiones e barcones de tota formas cual silueta lor strutures delicata e complicada contra un sielo enorme do la caldia eterna reposa pigra.
En la caresas de tua capeles, me retrova la letarjias de la oras longa pasada sur un divan en la cabina de un barcon bela, cunida par la osila nonpersepable de la porto, entre vasos de flores e carafas frescinte.
En la ximineria ardente de tua capeles, me enspira la odor de tabaco miscada con opio e zucar; en la note de tua capeles, me vide la infinitia de la azul tropical briliante; sur la rivas peluxetin de tua capeles me enebria me con la combina de odores de catran, musco e olio de coco.
Lasa ce me morde tra longa tua trensas pesosa e negra. Cuando me mordeta tua capeles elastica e rebelante, lo pare a me ce me come recordas.
Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que je sens ! tout ce que j’entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres hommes sur la musique.
Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures ; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l’espace est plus bleu et plus profond, où l’atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.
Dans l’océan de ta chevelure, j’entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d’hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l’éternelle chaleur.
Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d’un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.
Dans l’ardent foyer de ta chevelure, je respire l’odeur du tabac mêlé à l’opium et au sucre ; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l’infini de l’azur tropical ; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m’enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l’huile de coco.
Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.