La miror

La miror (Le Miroir), par Charles Baudelaire
Traduida par Andrew Burns

Un om orible entra e regarda se en la miror.

“Perce tu regarda tu en la miror, car tu no pote vide tu ala sin desplase?”

La om orible responde a me: “Senior, longo la prinsipes nonmortal de 89, tota omes es egal en diretos; donce me ave la direto de regarda me; con plaser o desplase, acel conserna sola mea consiensa.”

En la nom de bon judi, sin duta me ia es coreta; ma, de la punto de vista de la lege, el no ia era.

Un homme épouvantable entre et se regarde dans la glace.

« Pourquoi vous regardez-vous au miroir, puisque vous ne pouvez vous y voir qu’avec déplaisir ? »

L’homme épouvantable me répond : « — Monsieur, d’après les immortels principes de 89, tous les hommes sont égaux en droits ; donc je possède le droit de me mirer ; avec plaisir ou déplaisir, cela ne regarde que ma conscience. »

Au nom du bon sens, j’avais sans doute raison ; mais, au point de vue de la loi, il n’avait pas tort.