La beneficas de la luna

La beneficas de la luna (Les Bienfaits de la lune), par Charles Baudelaire
Traduida par Andrew Burns

La luna, ci es la capris mesma, ia regarda tra la fenetra en cuando tu ia dormi en tua cuna, e ia dise a se: “Me gusta esta enfante.”

E el ia desende suave sua scalera de nubes e ia pasa sin ruido tra la vitros. Poi el ia estende se sur tu con la teneria flexable de un madre, e ia depone sua colores sur tua fas. De alora, tua oios ia resta verde, e tua jenas estracomun pal. Par contempla esta visitor, tua oios ia grandi tan bizara; e el ia presa tua garga tan tenera ce tu ia reteni per sempre la desira de plora.

Entretempo, en la estende de sua joia, la luna ia pleni la sala intera como un atmosfera fosforesente, como un venena luminosa; e tota esta lus vivente ia pensa e ia dise: “Tu va esperia per sempre la influe de mea besa. Tu va es bela en mea modo. Tu va ama lo cual me ama e los ci ama me: la acua, la nubes, la silentia e la note; la mar enorme e verde; la acua sin forma e de multe formas; la loca do tu no va es; la amor ci tu no va conose; la flores monstrin; la parfumes cual causa delira; la gatos ci desmaia sur pianos e ci jemi como femes, con vose roncin e dulse!

E tu va es amada par mea amores, e corteada par mea corteores. Tu va es la rea de la omes con oios verde de ci me ia presa ance la garga en mea caresas noturna; de aceles ci ama la mar, la mar enorme, tumultosa e verde, la acua sin forma e de multe formas, la loca do los no es, la fem ci los no conose, la flores asustante cual sembla la insensadores de un relijio nonconoseda, la parfumes cual turba la volunta, e la animales savaje e libidosa cual es la simboles de lor folia.”

E lo es per esta, mea cara enfante maldiseda e regalada, ce me reclina aora a tua pedes, xercante en tua person intera la refleta de la divinia temable, de la madrin de destina, de la tetor veneninte de tota la maladas de luna.

La Lune, qui est le caprice même, regarda par la fenêtre pendant que tu dormais dans ton berceau, et se dit : « Cette enfant me plaît. »

Et elle descendit moelleusement son escalier de nuages et passa sans bruit à travers les vitres. Puis elle s’étendit sur toi avec la tendresse souple d’une mère, et elle déposa ses couleurs sur ta face. Tes prunelles en sont restées vertes, et tes joues extraordinairement pâles. C’est en contemplant cette visiteuse que tes yeux se sont si bizarrement agrandis ; et elle t’a si tendrement serrée à la gorge que tu en as gardé pour toujours l’envie de pleurer.

Cependant, dans l’expansion de sa joie, la Lune remplissait toute la chambre comme une atmosphère phosphorique, comme un poison lumineux ; et toute cette lumière vivante pensait et disait : « Tu subiras éternellement l’influence de mon baiser. Tu seras belle à ma manière. Tu aimeras ce que j’aime et ce qui m’aime : l’eau, les nuages, le silence et la nuit ; la mer immense et verte ; l’eau informe et multiforme ; le lieu où tu ne seras pas ; l’amant que tu ne connaîtras pas ; les fleurs monstrueuses ; les parfums qui font délirer ; les chats qui se pâment sur les pianos et qui gémissent comme les femmes, d’une voix rauque et douce !

« Et tu seras aimée de mes amants, courtisée par mes courtisans. Tu seras la reine des hommes aux yeux verts dont j’ai serré aussi la gorge dans mes caresses nocturnes ; de ceux-là qui aiment la mer, la mer immense, tumultueuse et verte, l’eau informe et multiforme, le lieu où ils ne sont pas, la femme qu’ils ne connaissent pas, les fleurs sinistres qui ressemblent aux encensoirs d’une religion inconnue, les parfums qui troublent la volonté, et les animaux sauvages et voluptueux qui sont les emblèmes de leur folie. »

Et c’est pour cela, maudite chère enfant gâtée, que je suis maintenant couché à tes pieds, cherchant dans toute ta personne le reflet de la redoutable Divinité, de la fatidique marraine, de la nourrice empoisonneuse de tous les lunatiques.