Un bromor

Un bromor (Un plaisant), par Charles Baudelaire
Traduida par Andrew Burns

Lo ia es la esplode de la anio nova: un caos de fango e neva, traversada par mil caros, sintilinte con juetas e confetos, plen de avarias e desperas, la delira ofisial de un site grande fada per turba la serebro de la solitar la plu forte.

En la media de esta tumulta e ruido, un asino ia trota vivosa, molestada par un bruta armada con un flajelo.

En cuando la asino ia vade per verje a la angulo de un troteria, un senior bela gantida, vernisida, cruel cravatida, e prisonida en vestes intera nova, ia inclina se formal ante la bestia umil, e ia dise a lo, desaponente sua xapo: “Me desira per tu un anio bon e felis!” A pos, el ia turna se a alga cameradas con un aspeta de autosasia, como si per suplica ce los ajunta lor aproba a sua contentia.

La asino no ia vide esta bromor bela, e ia continua core con zelo a do sua debe ia clama lo.

Per me, un furia nonmesurable ia saisi me subita contra esta stupida merveliosa, ci ia pare a me consentra en se la spirito mesma de Frans.

C’était l’explosion du nouvel an : chaos de boue et de neige, traversé de mille carrosses, étincelant de joujoux et de bonbons, grouillant de cupidités et de désespoirs, délire officiel d’une grande ville fait pour troubler le cerveau du solitaire le plus fort.

Au milieu de ce tohu-bohu et de ce vacarme, un âne trottait vivement, harcelé par un malotru armé d’un fouet.

Comme l’âne allait tourner l’angle d’un trottoir, un beau monsieur ganté, verni, cruellement cravaté et emprisonné dans des habits tout neufs, s’inclina cérémonieusement devant l’humble bête, et lui dit, en ôtant son chapeau : « Je vous la souhaite bonne et heureuse ! » puis se retourna vers je ne sais quels camarades avec un air de fatuité, comme pour les prier d’ajouter leur approbation à son contentement.

L’âne ne vit pas ce beau plaisant, et continua de courir avec zèle où l’appelait son devoir.

Pour moi, je fus pris subitement d’une incommensurable rage contre ce magnifique imbécile, qui me parut concentrer en lui tout l’esprit de la France.