Cual es la vera?

Cual es la vera? (Laquelle es la vraie ?), par Charles Baudelaire
Traduida par Andrew Burns

Me ia conose alga Benedicta, ci ia pleni la atmosfera con ideal, e cui oios ia sperde la desira de grandia, belia, gloria e tota cual fa ce on crede a nonmortalia.

Ma esta xica miraclosa ia es tro bela per vive longa; donce el ia mori a alga dias pos cuando me ia encontra el, e me mesma ia entera el, a un dia cuando la primavera ia penduli sua insensador an en la semeteros. Me ia entera el, bon selida en un caxon de un lenio bonodorosa e nonputrable como la caxas de India.

E en cuando mea oios ia resta fisada sur la loca do mea tesoro ia es enterada, me ia vide subita un person peti ci ia sembla strana la fem mor, e ci, piafante sur la tera fresca con un violentia isterica e bizara, ia dise esplodente de rie: “Lo es me, la vera Benedicta! Lo es me, un vil famosa! E per puni tua folia e siecia, tu va ama me tal como me es!”

Ma me, furiosa, ia responde: “No! no! no!” E per asentua plu bon mea refusa, me ia colpa la tera con mea pede tan violente ce mea gama ia afonda asta la jeno en la tomba resente, e ce, como un lupo caturada en un trapa, me resta fisada, cisa per sempre, a la foso de la ideal.

J’ai connu une certaine Bénédicta, qui remplissait l’atmosphère d’idéal, et dont les yeux répandaient le désir de la grandeur, de la beauté, de la gloire et de tout ce qui fait croire à l’immortalité.

Mais cette fille miraculeuse était trop belle pour vivre longtemps ; aussi est-elle morte quelques jours après que j’eus fait sa connaissance, et c’est moi-même qui l’ai enterrée, un jour que le printemps agitait son encensoir jusque dans les cimetières. C’est moi qui l’ai enterrée, bien close dans une bière d’un bois parfumé et incorruptible comme les coffres de l’Inde.

Et comme mes yeux restaient fichés sur le lieu où était enfoui mon trésor, je vis subitement une petite personne qui ressemblait singulièrement à la défunte, et qui, piétinant sur la terre fraîche avec une violence hystérique et bizarre, disait en éclatant de rire : « C’est moi, la vraie Bénédicta ! C’est moi, une fameuse canaille ! Et pour la punition de ta folie et de ton aveuglement, tu m’aimeras telle que je suis ! »

Mais moi, furieux, j’ai répondu : « Non ! non ! non ! » Et pour mieux accentuer mon refus, j’ai frappé si violemment la terre du pied que ma jambe s’est enfoncée jusqu’au genou dans la sépulture récente, et que, comme un loup pris au piége, je reste attaché, pour toujours peut-être, à la fosse de l’idéal.