La orolojo

La orolojo (L’Horloge), par Charles Baudelaire
Traduida par Andrew Burns

La xineses vide la ora en la oios de gatos.

A un dia, un misionor, paseante en la suburbe de Nanjing, ia nota ce el ia oblida sua orolojeta, e ia demanda a un xico peti cual es la ora.

La xico de la Impero Sielal ia esita prima; poi, cambiante sua intende, el ia responde: “Me va dise lo a tu.” Pos poca momentos, el ia reapare, teninte en sua brasos un gato multe obesa, e regardante lo, como on dise, en la blanca de la oios, el ia afirma sin esita: “Lo ancora no es intera mediadia.” E esta ia es vera.

Per me, si me inclina a la bela Féline, tan bon nomida, ci es a la mesma tempo la onora de sua seso, la orgulo de mea cor e la parfum de mea spirito, egal si lo es la note o la dia, en la lus plen o en la ombra opaca, a la fondo de sua oios adorable me vide sempre clar la ora, sempre la mesma, un ora vasta, diniosa, grande como la spasio, sin divides de minutos o secondos, — un ora nonmovente cual no orolojo indica, e an tal lejera como un suspira, rapida como un regardeta.

E si alga person iritante disturba me en cuando mea regarda reposa sur esta fas deletosa, si alga Djini nononesta e nontolerante, alga Demon de mal fortuna dise a me: “Cua tu regarda ala con tan multe atende? Cua tu xerca en la oios de esta esente? Tu vide ala la ora, o mortal perosa e pigra?” me ta responde sin esita: “Si, me vide la ora; lo es la Eternia!”

Esce lo no es vera, seniora, ce asi es un madrigal vera meritante, e tan ostentosa como tu mesma? En veria, me ia ave tan multe plaser en brode esta cortesia finjosa, ce me va demanda no cosa de tu par intercambia.

Les Chinois voient l’heure dans l’œil des chats.

Un jour un missionnaire, se promenant dans la banlieue de Nankin, s’aperçut qu’il avait oublié sa montre, et demanda à un petit garçon quelle heure il était.

Le gamin du céleste Empire hésita d’abord ; puis, se ravisant, il répondit : « Je vais vous le dire ». Peu d’instants après, il reparut, tenant dans ses bras un fort gros chat, et le regardant, comme on dit, dans le blanc des yeux, il affirma sans hésiter : « Il n’est pas encore tout à fait midi. » Ce qui était vrai.

Pour moi, si je me penche vers la belle Féline, la si bien nommée, qui est à la fois l’honneur de son sexe, l’orgueil de mon cœur et le parfum de mon esprit, que ce soit la nuit, que ce soit le jour, dans la pleine lumière ou dans l’ombre opaque, au fond de ses yeux adorables je vois toujours l’heure distinctement, toujours la même, une heure vaste, solennelle, grande comme l’espace, sans divisions de minutes ni de secondes, — une heure immobile qui n’est pas marquée sur les horloges, et cependant légère comme un soupir, rapide comme un coup d’œil.

Et si quelque importun venait me déranger pendant que mon regard repose sur ce délicieux cadran, si quelque Génie malhonnête et intolérant, quelque Démon du contre-temps venait me dire : « Que regardes-tu là avec tant de soin ? Que cherches-tu dans les yeux de cet être ? Y vois-tu l’heure, mortel prodigue et fainéant ? » je répondrais sans hésiter : « Oui, je vois l’heure ; il est l’Éternité ! »

N’est-ce pas, madame, que voici un madrigal vraiment méritoire, et aussi emphatique que vous-même ? En vérité, j’ai eu tant de plaisir à broder cette prétentieuse galanterie, que je ne vous demanderai rien en échange.