La fenetras

La fenetras (Les Fenêtres), par Charles Baudelaire
Traduida par Michel Gaillard

Les fenêtres

El ci, de estra, regarda tra un fenetra abrida nunca vide tan multe cosas como el ci regarda un fenetra cluida. No ojeto es plu profonda, plu misteriosa, plu fertil, plu oscur, plu abaliante ca un fenetra luminada con un candela. Lo cual on pote vide al sol es sempre min interesante ca lo cual aveni a retro de un vitro fenetral. En acel buco negra o luminosa la vive vive, la vive sonia, la vive sufri.

Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.

Ultra la ondas de tetos, me persepi un fem matur, ja corugada, povre, sempre curvinte a alga cosa, e nunca sortinte. Con sua fas, con sua veste, con sua jesti, con cuasi no cosa, me ia refa la istoria de acel fem o, plu, sua lejenda, e a veses me nara lo a me mesma, tra ploras.

Par-delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.

Si el ia es un povre om vea, me ia ta fa sua istoria egal fasil.

Si c’eût été un pauvre vieux homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément.

E me reclina, orgulosa de ce me ia vive e sufri en otras ca me mesma.

Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même.

Posible vos ta dise: «Esce tu es serta ce acel lejenda es vera?» Lo cual ta es la realia poneda estra me, esce lo importa, si lo ia aida me per vive, senti ce me es e cua me es?

Peut-être me direz-vous : « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ?