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Testos diversa
Noces à Tipasa es un esajo scriveda par Albert Camus en 1936,
publicida en la colie jeneral Noces (Nusias, 1936-1937):
lo es un selebra de la nusias del om con la mundo
Traduida de franses par Michel Gaillard
Al primavera, Tipaza es abitada par la dios, e la dios parla en la sol e la ole de asintos, la mar arjentin corasida, la sielo blancida blu, la ruinas covreda con flores e la lus bolante en la petras masida. A alga oras, la campania es plenida con sol. La oios atenta sin susede saisi otra cosa ca esta gotas de lus e de colores cual trema a bordo de la siles. La ole volumosa del plantas aromosa raspa la garga e sofoca en la caldia enorme. Apena, nel fondo de la vista, me vide la masa negra de la Xenua[¹], cual ave sua radis en la colinas sirca la vileta, e comensa move, con un ritmo regular e pesosa per vade a acrupi en la mar.
Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes, la mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. À certaines heures, la campagne est noire de soleil. Les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de couleurs qui tremblent au bord des cils. L’odeur volumineuse des plantes aromatiques racle la gorge et suffoque dans la chaleur énorme. À peine, au fond du paysage, puis-je voir la masse noire du Chenoua qui prend racine dans les collines autour du village, et s’ébranle d’un rythme sûr et pesant pour aller s’accroupir dans la mer.
Nos ariva, pos la vileta ja abrida sur la baia. Nos entra en un mundo jala e blu do nos es ospitada par la suspira odorosa e agu de la tera de estate en Aljeria. A cada parte, bugainvileas rosin pasa ultra la mures de la casas; nel jardines, ibiscos ancora pal roja, un plantosia de rosas de te[²], spesa como crema e bordas delicata de longa irises blu. Tota la petras es calda. A la ora cuando nos desende del bus jala como ranunculo, la carnores, en sua veculos roja, turi matinal, e la avertis de lor trompas clama la abitores.
Nous arrivons par le village qui s’ouvre déjà sur la baie. Nous entrons dans un monde jaune et bleu où nous accueille le soupir odorant et âcre de la terre d’été en Algérie. Partout, des bougainvillées rosat dépassent les murs des villas ; dans les jardins, des hibiscus au rouge encore pâle, une profusion de roses thé épaisses comme de la crème et de délicates bordures de longs iris bleus. Toutes les pierres sont chaudes. À l’heure où nous descendons de l’autobus couleur de bouton d’or, les bouchers dans leurs voitures rouges font leur tournée matinale et les sonneries de leurs trompettes appellent les habitants.
A sinistra del porto, un scalera de petras seca gida a la ruinas, entre la masticas e la jinestas. La rua pasa ante un peti faro, poi desende en campania total. Ja, a basa de acel faro, plantas suculente volumosa con flores violeta, jala e roja, desende a la rocas prima cual la mar suca con un ruido de besas. Stante en la venta lejera, su la sol cual caldi un sola lado de nosa fas, nos regarda la lus desendente del sielo, la mar sin plia, e la surie de sua dentes briliante. Ante ce nos entra en la rena de la ruinas, a ves ultima nos es regardores.
À gauche du port, un escalier de pierres sèches mène aux ruines, parmi les lentisques et les genêts. Le chemin passe devant un petit phare pour plonger ensuite en pleine campagne. Déjà, au pied de ce phare, de grosses plantes grasses aux fleurs violettes, jaunes et rouges, descendent vers les premiers rochers que la mer suce avec un bruit de baisers. Debout dans le vent léger, sous le soleil qui nous chauffe un seul côté du visage, nous regardons la lumière descendre du ciel, la mer sans une ride, et le sourire de ses dents éclatantes. Avant d’entrer dans le royaume des ruines, pour la dernière fois nous sommes spectateurs.
Pos alga pasos, la ole de asintos invade nosa garga. Lor lana gris covre la ruinas tan distante como on pote vide. Lor esense fermenta con la caldia e, del tera al sol, sur la estende del mundo un alcol jenerosa asende, tropezante la sielo. Nos es paseante, encontrante la ama e la desira. Nos xerca no lesones, no la filosofia amarga cual on demanda a la grandia. Estra la sol, la besas e la parfumes savaje, tota pare debil a nos. Per me, me no atenta es solitar ala. Me ia vade frecuente con los cual me ama, e me ia leje sur los la surie clar prendeda par la fas de la ama. Asi, me lasa a otras la ordina e la mesura. La estravagantia grande de la natur e de la mar envolve me tota. En esta ce sposi de la ruinas e de la primavera, la ruinas es returnada a petras e, perdente la refina enforsada par la om, ia returnas en la natur. Per la returna de esta xices perosa, la natur ia ofre la flores. Entre la petras de pave del foro, la eliotropo emerji sua testa ronda e blanca, e la jeranios roja versa sua sangue sur lo cual ia es casas, templos e foros. Tal como esta omes retraeda a Dio pos multe siensa, multe anios ia retrae la ruinas a la casa de lor madre. Oji, final, lor pasada lasa los e no cosa distrae los de esta fortia profonda cual retrae los a media de la cosas cadente.
Au bout de quelques pas, les absinthes nous prennent à la gorge. Leur laine grise couvre les ruines à perte de vue. Leur essence fermente sous la chaleur, et de la terre au soleil monte sur toute l’étendue du monde un alcool généreux qui fait vaciller le ciel. Nous marchons à la rencontre de l’amour et du désir. Nous ne cherchons pas de leçons, ni l’amère philosophie qu’on demande à la grandeur. Hors du soleil, des baisers et des parfums sauvages, tout nous paraît futile. Pour moi, je ne cherche pas à y être seul. J’y suis souvent allé avec ceux que j’aimais et je lisais sur leurs traits le clair sourire qu’y prenait le visage de l’amour. Ici, je laisse à d’autres l’ordre et la mesure. C’est le grand libertinage de la nature et de la mer qui m’accapare tout entier. Dans ce mariage des ruines et du printemps, les ruines sont redevenues pierres, et perdant le poli imposé par l’homme, sont rentrées dans la nature. Pour le retour de ces filles prodigues, la nature a prodigué les fleurs. Entre les dalles du forum, l’héliotrope pousse sa tète ronde et blanche, et les géraniums rouges versent leur sang sur ce qui fut maisons, temples et places publiques. Comme ces hommes que beaucoup de science ramène à Dieu, beaucoup d’années ont ramené les ruines à la maison de leur mère. Aujourd’hui enfin leur passé les quitte, et rien ne les distrait de cette force profonde qui les ramène au centre des choses qui tombent.
Tra cuanto oras on ia crase la asintos, caresa la ruinas, atenta ajusta sua respira a la suspiras tumultosa del mundo! Afondante en la oles savaje e la consertas de insetos dormosa, me abri mea oios e mea cor ante la grandia nonsustable de acel sielo empapada con caldia. Lo no es tan fasil deveni lo cual on es, de redescovre sua mesura profonda. Ma, regardante la spina dorsal solida del Xenua, mea cor ia cuieti con un sertia strana. Me ia es aprendente respira, me ia es integrante e realinte me. Me ia es asendente monteta pos monteta e cada de los ia es ofrente a me un recompensa, como esta templo *cui[³] colonas mesura la curso del sol e de do on vide la vileta intera, sua mures blanca e ros e sua verandas verde. Como ance esta basilica, sur la colina este: lo ia conserva sua mures e, vasta sirca lo, alinias de sarcofagos desenterada, per la plu apena sortida de la tera de cual los inere ancora. Los ia conteni mores ; per aora, salvia e rabanos savaje crese ala. La basilica San-Salsa es cristian, ma, a cada ves cuando on regarda tra un buco, la melodia del mundo veni a nos: montetas covreda con pinos e sipres, o la mar, rolante sua canes blanca a sirca dudes metres de distantia. La colina cual porta San-Salsa es plana a sua culmina e la venta sofla plu laxe tra la porticos. Su la sol matinal, un felisia grande balansa en la spasio.
Que d’heures passées à écraser les absinthes, à caresser les ruines, à tenter d’accorder ma respiration aux soupirs tumultueux du monde ! Enfoncé parmi les odeurs sauvages et les concerts d’insectes somnolents, j’ouvre les yeux et mon coeur à la grandeur insoutenable de ce ciel gorgé de chaleur. Ce n’est pas si facile de devenir ce qu’on est, de retrouver sa mesure profonde. Mais à regarder l’échine solide du Chenoua, mon coeur se calmait d’une étrange certitude. J’apprenais à respirer, je m’intégrais et je m’accomplissais. Je gravissais l’un après l’autre des coteaux dont chacun me réservait une récompense, comme ce temple dont les colonnes mesurent la course du soleil et d’où l’on voit le village entier, ses murs blancs et roses et ses vérandas vertes. Comme aussi cette basilique sur la colline Est : elle a gardé ses murs et dans un grand rayon autour d’elle s’alignent des sarcophages exhumés, pour la plupart à peine issus de la terre dont ils participent encore. Ils ont contenu des morts ; pour le moment il y pousse des sauges et des ravenelles. La basilique Sainte-Salsa est chrétienne, mais chaque fois qu’on regarde par une ouverture, c’est la mélodie du monde qui parvient jusqu’à nous : coteaux plantés de pins et de cyprès, ou bien la mer qui roule ses chiens blancs à une vingtaine de mètres. La colline qui supporte Sainte-Salsa est plate à son sommet et le vent souffle plus largement à travers les portiques. Sous le soleil du matin, un grand bonheur se balance dans l’espace.
Vera povre es los ci nesesa mitos. Asi la dios es usada como letos o marcas en la curso de la dias. Me descrive, e me dise: « Asi es lo cual es roja, lo cual es blu, lo cual es verde. Esta es la mar, esta la monte, la flores. » E perce ta parla de Dioniso per dise ce me gusta crase la bales de mastica su mea nas? Esce lo es per Demetra, esta imno antica a cual me va sonia, plu tarda, sin constrinje : « Ta ce el es felis entre la viventes sur la tera, el ci ia vide acel cosas. » Vide, e vide sur esta tera – como oblida la leson? A la misterios de Eleusis, contempla ia es sufisinte. Asi, nunca me ta es bastante prosima a la mundo. Me nesesa es nuda, poi tufa en la mar, ancora tota parfumida con la esenses de la tera, lava estas en acel, e lia sur mea pel la abrasa per cual la tera e la mar suspira con labios contra labios de tan longa. Pos ce on entra en la acua, lo es un saisi, la alti de un melma fria e opaca, poi la tufa en la zumbi de la oreas, con la nas fluente e la boca amarga – la nada, con la brasos vernisida par acua sortinte de la mar per es dorada en la sol e returnante en un torse de tota la musculos; la core del acua sur mea corpo, esta posese tumultosa de la onda par mea gamas – e la asentia de orizon. Sur la riva, me cade nel arena, abandonada al mundo, reentrante en mea pesa de carne e de osos, aturdida par la sol, con, de asi a ala, un regarda a mea brasos do la laminas de pel seca descovre, con la lisca del acua, la capeletas blonde e la polvo de sal.
Bien pauvres sont ceux qui ont besoin de mythes. Ici les dieux servent de lits ou de repères dans la course des journées. Je décris et je dis : « Voici qui est rouge, qui est bleu, qui est vert. Ceci est la mer, la montagne, les fleurs. » Et qu’ai-je besoin de parler de Dionysos pour dire que j’aime écraser les boules de lentisques sous mon nez ? Est-il même à Déméter ce vieil hymne à quoi plus tard je songerai sans contrainte : « Heureux celui des vivants sur la terre qui a vu ces choses. » Voir, et voir sur cette terre, comment oublier la leçon ? Aux mystères d’Éleusis, il suffisait de contempler. Ici même, je sais que jamais je ne m’approcherai assez du monde. Il me faut être nu et puis plonger dans la mer, encore tout parfumé des essences de la terre, laver celles-ci dans celle-là, et nouer sur ma peau l’étreinte pour laquelle soupirent lèvres à lèvres depuis si longtemps la terre et la mer. Entré dans l’eau, c’est le saisissement, la montée d’une glu froide et opaque, puis le plongeon dans le bourdonnement des oreilles, le nez coulant et la bouche amère - la nage, les bras vernis d’eau sortis de la mer pour se dorer dans le soleil et rabattus dans une torsion de tous les muscles ; la course de l’eau sur mon corps, cette possession tumultueuse de l’onde par mes jambes - et l’absence d’horizon. Sur le rivage, c’est la chute dans le sable, abandonné au monde, rentré dans ma pesanteur de chair et d’os, abruti de soleil, avec, de loin en loin, un regard pour mes bras où les flaques de peau sèche découvrent, avec le glissement de l’eau, le duvet blond et la poussière de sel.
Me comprende asi lo cual on nomi “gloria”: la direto de ama sin limita. On ave sola un ama en esta mundo. Abrasa un corpo de fem es ance reteni a se esta joia strana cual desende del sielo a la mar. Pos corta, cuando me va jeta me en la asintos afin lor parfum entra en mea corpo, me va consensa, contra tota la prejudis, ce me completi un veria, la veria del sol, e ance la veria de mea mori. En alga modo, mea vive es juada asi, un vive con un sabor de petra calda, plen de suspiras de la mar e de la sigalas cual comensa canta aora. La venteta es fresca, e la sielo, azul. Me gusta esta vive con desfreni e vole parla de lo con libria : lo dona a me la orgulo de mea state de om. An tal, on ia dise lo frecuente a me: no tal orgulo es en causa. Si! tota esta es la causa: esta sol, esta mar, mea cor bondinte con jovenia, mea corpo con sua sabor de sal e la decora vasta do la dulsia e la gloria encontra lunlotra en la jala e la blu. Per esta concista, me debe aplica mea fortia e mea recursos. Tota asi lasa me intata, me abandona no cosa de me mesma, me apone no masca: lo sufisi ce me aprende patiente la difisil siensa de vive cual valua plu ca lor cortesia.
Je comprends ici ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure. Il n’y a qu’un seul amour dans ce monde. Étreindre un corps de femme, c’est aussi retenir contre soi cette joie étrange qui descend du ciel vers la mer. Tout à l’heure, quand je me jetterai dans les absinthes pour me faire entrer leur parfum dans le corps, j’aurai conscience, contre tous les préjugés, d’accomplir une vérité qui est celle du soleil et sera aussi celle de ma mort. Dans un sens, c’est bien ma vie que je joue ici, une vie à goût de pierre chaude, pleine de soupirs de la mer et des cigales qui commencent à chanter maintenant. La brise est fraîche et le ciel bleu. J’aime cette vie avec abandon et veux en parler avec liberté : elle me donne l’orgueil de ma condition d’homme. Pourtant, on me l’a souvent dit : il n’y a pas de quoi être fier. Si, il y a de quoi : ce soleil, cette mer, mon coeur bondissant de jeunesse, mon corps au goût de sel et l’immense décor où la tendresse et la gloire se rencontrent dans le jaune et le bleu. C’est à conquérir cela qu’il me faut appliquer ma force et mes ressources. Tout ici me laisse intact, je n’abandonne rien de moi-même, je ne revêts aucun masque : il me suffit d’apprendre patiemment la difficile science de vivre qui vaut bien tout leur savoir-vivre.
No longa ante mediadia, nos ia returna tra la ruinas a un caferia peti longo la porto. Con la resona de la simbales del sol e la colores en la testa, u la bonveni fresca de la sala ombrosa, de la vitro grande de menta verde jelin fria ! A estra, on ave la mar e la via polvosa ardente. Sentante ante la table, me atenta saisi entre mea siles batente la brilion multicolor del sielo calda blanca. Con la fas moiada par suo, ma con la corpo fresca en la tela lejera cual vesti nos, tota de nos mostra la fatiga felis de un dia de nusias con la mundo.
Un peu avant midi, nous revenions par les ruines vers un petit café au bord du port. La tête retentissante des cymbales du soleil et des couleurs, quelle fraîche bienvenue que celle de la salle pleine d’ombre, du grand verre de menthe verte et glacée ! Au-dehors, c’est la mer et la route ardente de poussière. Assis devant la table, je tente de saisir entre mes cils battants l’éblouissement multicolore du ciel blanc de chaleur. Le visage mouillé de sueur, mais le corps frais dans la légère toile qui nous habille, nous étalons tous l’heureuse lassitude d’un jour de noces avec le monde.
On come mal en esta caferia, ma on ave multe frutas – supra tota pescas, cual on come mordente en los, en modo tal ce la jus flue sur la mento. Con mea dentes cluida sur la pesca, me escuta la bates de mea sangue asendente asta mea oreas, me regarda grande con mea oios. Sur la mar, la silentia enorme de mediadia. Cada esente bela ave la orgulo natural de sua belia, e la mundo, oji, lasa ce sua orgulo suda tra cada parte. Ante lo, perce me ta nega la joia de vive, si me sabe no inclui cada cosa en la joia de vive ? On no debe vergonia si on es felis. Ma oji la stupida es re, e me nomi “stupida” el ci teme plaser. On ia parla tan a nos de la orgulo: « Tu sabe, lo es la peca de Satan! » Desfida, on ia clama a nos, tu va perde tu, tu e tua fortes de vive. De pos, me ia aprende en efeto ce un spesie de orgulo… Ma, a otra momentos, me no pote preveni ce me revendiquer esta orgulo de vive cual la mundo intera conspira dona a me. A Tipaza, “me vide” es simil a “me crede”, e me no ostina nega lo cual mea mano pote toca e mea labios pote caresa. Me no senti la nesesa de fa ce lo es un obra de arte, ma de nara lo cual es diferente. Tipaza pare a me como esta persones cual on descrive per sinifia nondireta un opina sur la mundo. Como aceles, lo atesta, e en un modo mas. Lo es oji mea carater, e lo pare ce, caresante lo e descrivente lo, mea enebria va ave no plu fini. On ave un tempo per vive e un tempo per atesta vive. On ave ance un tempo per crea, lo cual es min natural. Lo sufisi ce me vive con tota mea corpo e atesta con tota mea cor. Vive Tipaza, atesta, e la obra de arte va veni a pos. Ala es un libria.
On mange mal dans ce café, mais il y a beaucoup de fruits – surtout des pêches qu’on mange en y mordant, de sorte que le jus en coule sur le menton. Les dents refermées sur la pêche, j’écoute les grands coups de mon sang monter jusqu’aux oreilles, je regarde de tous mes yeux. Sur la mer, c’est le silence énorme de midi. Tout être beau a l’orgueil naturel de sa beauté et le monde aujourd’hui laisse son orgueil suinter de toutes parts. Devant lui, pourquoi nierais-je la joie de vivre, si je sais ne pas tout renfermer dans la joie de vivre ? Il n’y a pas de honte à être heureux. Mais aujourd’hui l’imbécile est roi, et j’appelle imbécile celui qui a peur de jouir. On nous a tellement parlé de l’orgueil : vous savez, c’est le péché de Satan. Méfiance, criait-on, vous vous perdrez, et vos forces vives. Depuis, j’ai appris en effet qu’un certain orgueil… Mais à d’autres moments, je ne peux m’empêcher de revendiquer l’orgueil de vivre que le monde tout entier conspire à me donner. A Tipasa, “je vois” équivaut à “je crois”, et je ne m’obstine pas à nier ce que ma main peut toucher et mes lèvres caresser. Je n’éprouve pas le besoin d’en faire une oeuvre d’art, mais de raconter ce qui est différent. Tipasa m’apparaît comme ces personnages qu’on décrit pour signifier indirectement un point de vue sur le monde. Comme eux, elle témoigne, et virilement. Elle est aujourd’hui mon personnage et il me semble qu’à le caresser et le décrire, mon ivresse n’aura plus de fin. Il y a un temps pour vivre et un temps pour témoigner de vivre. Il y a aussi un temps pour créer, ce qui est moins naturel. Il me suffit de vivre de tout mon corps et de témoigner de tout mon cœur. Vivre Tipasa, témoigner et l’œuvre d’art viendra ensuite. Il y a là une liberté.
∴
Nunca me resta plu ca un dia a Tipaza. Un momento veni sempre cuando on ia vide tro un vista, simil como un tempo longa es nesesada ante cuando on ia vide lo bastante. La montes, la sielo, la mar est como fases de cual on descovre la secia o la gloria, car on regarda tan en loca de vide. Ma cada fas, per sinifia plen, debe esperia alga refresci. E on lamenta ce on es tro pronto noiada contra ce on ta debe mervelia ce la mundo pare nova a nos par causa ce lo ia es sola oblidada.
Jamais je ne restais plus d’une journée à Tipasa. Il vient toujours un moment où l’on a trop vu un paysage, de même qu’il faut longtemps avant qu’on l’ait assez vu. Les montagnes, le ciel, la mer sont comme des visages dont on découvre l’aridité ou la splendeur, à force de regarder au lieu de voir. Mais tout visage, pour être éloquent, doit subir un certain renouvellement. Et l’on se plaint d’être trop rapidement lassé quand il faudrait admirer que le monde nous paraisse nouveau pour avoir été seulement oublié.
Sirca a la sera, me ia es retrovante un parte del parce plu ordinada, en forma de jardin, a lado de la via nasional. Sortinte de la tumulta de la parfumes e de la sol, en la aira aora frescida par la sera, la mente ia es calminte, la corpo destensada gustante la silentia interna cual nase de la ama deletada. Me ia es sentante sur un banco. Me ia es regardante la campania curvinte con la dia. Me ia es sasiada.
Vers le soir, je regagnais une partie du parc plus ordonnée, arrangée en jardin, au bord de la route nationale. Au sortir du tumulte des parfums et du soleil, dans l’air maintenant rafraîchi par le soir, l’esprit s’y calmait, le corps détendu goûtait le silence intérieur qui naît de l’amour satisfait. Je m’étais assis sur un banc. Je regardais la campagne s’arrondir avec le jour. J’étais repu.
Supra me, un granada lasa ce la brotos de sua flores pende, selida e costelin como alga peti punios cluida cual ta conteni tota la espera del primavera. A retro de me, on ia ave romaro, de cual me ia es persepinte sola la parfum de alcol. Colinas ia es moldurida par la arbores e, plu distante ancora, un borda de mar supra cual la sielo, como un vela laxida, ia es reposante con tota sua amosia. Me ia ave nel cor un joia strana, acel mesma cual nase de un consensa cuieta. Lo es un senti cual la atores conose, cuando los sabe ce los ia completi bon sua roles, per dise, en un sinifia esata, cuando los ia fa ce sua jestis e los del carater ideal representada coresponde, ce los ia entra en alga modo en un desinia preesistente e cual los ia anima subita e con la bate de sua propre cor. Me ia es sensante esata tal: me ia jua bon mea rol. Me ia completi mea carera de om e la esperia de la joia tra tota un dia longa no ia pare a me un susede spesial, ma la completi emosiante de un state cual, en alga situas, fa ce nos ave un debe de felisia. Nos retrova alora un solitaria, ma, a esta ves, en la sasia.
Au-dessus de moi, un grenadier laissait pendre les boutons de ses fleurs, clos et côtelés comme de petits poings fermés qui contiendraient tout l’espoir du printemps. Il y avait du romarin derrière moi et j’en percevais seulement le parfum d’alcool. Des collines s’encadraient entre les arbres et, plus loin encore, un liseré de mer au-dessus duquel le ciel, comme une voile en panne, reposait de toute sa tendresse. J’avais au coeur une joie étrange, celle-là même qui naît d’une conscience tranquille. Il y a un sentiment que connaissent les acteurs lorsqu’ils ont conscience d’avoir bien rempli leur rôle, c’est-à-dire, au sens le plus précis, d’avoir fait coïncider leurs gestes et ceux du personnage idéal qu’ils incarnent, d’être entrés en quelque sorte dans un dessin fait à l’avance et qu’ils ont d’un coup fait vivre et battre avec leur propre cœur. C’était précisément cela que je ressentais : j’avais bien joué mon rôle. J’avais fait mon métier d’homme et d’avoir connu la joie tout un long jour ne me semblait pas une réussite exceptionnelle, mais l’accomplissement ému d’une condition qui, en certaines circonstances, nous fait un devoir d’être heureux. Nous retrouvons alors une solitude, mais cette fois dans la satisfaction.
Aora la arbores ia es poplada par avias. La tera suspira lenta ante ce lo entra nel ombra. Pronto, con la stela prima, la note va cade sur la sena del mundo. La dios briliante del dia va returna a sua mori abitual. Ma otra dios va veni. E an si los es plu oscur, an tal sua fases gastada ia nase en la cor de la tera.
Maintenant, les arbres s’étaient peuplés d’oiseaux. La terre soupirait lentement avant d’entrer dans l’ombre. Tout à l’heure, avec la première étoile, la nuit tombera sur la scène du monde. Les dieux éclatants du jour retourneront à leur mort quotidienne. Mais d’autres dieux viendront. Et pour être plus sombres, leurs faces ravagées seront nées cependant dans le coeur de la terre.
Aora, al min, la emerji nonsesante de ondas sur la arena ia veni a me tra un spasio do la polen orin ia es dansante. Mar, campania, silentia, parfumes de esta tera… me ia pleni me con un vive odorosa e me ia es mordente en la fruta ja dorada del mundo, turbada par la sensa de sua jus dulse e forte fluente sur mea labios. No, no me ia es importante, no la mundo, ma sola la acorda e la silentia cual, de lo a me, ia jenera la ama. Ama cual me no ia es esijente per sola me, orgulosa consensinte ce me es compartinte lo con un raza intera, naseda de la sol e de la mar, vivosa e saborosa, cual trae sua grandia de sua simplia e, stante sur la plaias, adirije sua surie complis a la surie briliante de sua sielos.
À présent du moins, l’incessante éclosion des vagues sur le sable me parvenait à travers tout un espace où dansait un pollen doré. Mer, campagne, silence, parfums de cette terre, je m’emplissais d’une vie odorante et je mordais dans le fruit déjà doré du monde, bouleversé de sentir son jus sucré et fort couler le long de mes lèvres. Non, ce n’était pas moi qui comptais, ni le monde, mais seulement l’accord et le silence qui de lui à moi faisait naître l’amour. Amour que je n’avais pas la faiblesse de revendiquer pour moi seul, conscient et orgueilleux de le partager avec toute une race, née du soleil et de la mer, vivante et savoureuse, qui puise sa grandeur dans sa simplicité et debout sur les plages, adresse son sourire complice au sourire éclatant de ses ciels.
[¹] Un monte, alta de 905 metres, en la rejion de Tipaza, al norde de Aljeria.
[²] Rosa de te: un rosa ibride acc. “rosa con ole de te”.
[³] *Cui = “de cual”, o “de ci”.
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Lo ia es automata jenerada de la paje corespondente en la Vici de Elefen a 15 agosto 2025 (10:09 UTC).