La Cristo al Olivos1

Le Christ aux Oliviers, un grupo de sinco sonetos (itemes 7 a 11)
entre la des-du sonetos ermetiste Les Chimères (La Cimeras) scriveda par Gérard de Nerval (1808-1855)
Traduida de franses par Michel Gaillard e musicida par la bande Magis Optis

Pos cuando la senior, con brasos a la sielo,
su la arbores sacra, tal como un poesiste,
ia pensa multe longa en un silentia triste,
judinte ce sua amis, sin grasia, ia tradi el,

Quand le Seigneur, levant au ciel ses maigres bras
Sous les arbres sacrés, comme font les poètes,
Se fut longtemps perdu dans ses douleurs muettes,
Et se jugea trahi par des amis ingrats,

El ia regarda a su los ci espeta el,
soniante de la reia, la sajia, la profetia,
dorminte en la dormi pesosa de la bestia,
e ia vade a cria: « No! Dio no esiste! »

Il se tourna vers ceux qui l’attendaient en bas
Rêvant d’être des rois, des sages, des prophètes…
Mais engourdis, perdus dans le sommeil des bêtes,
Et se prit à crier : « Non, Dieu n’existe pas ! »

Los es dorminte. « Amis, esce ja vos ia oia?
Mea fronte ia xoca la borda de la mundo
Me es en sangue, en fratos, sufrinte per tan longa!

Ils dormaient. « Mes amis, savez-vous la nouvelle ?
J’ai touché de mon front à la voûte éternelle ;
Je suis sanglant, brisé, souffrant pour bien des jours !

« Me ia engana vos! Abiso! abiso! abiso!
Dio manca a la altar do me es sacrifiada…
No dio, no plu dio! » Los es dorminte ancora…

« Frères, je vous trompais : Abîme ! abîme ! abîme !
Le dieu manque à l’autel où je suis la victime…
Dieu n’est pas ! Dieu n’est plus ! » Mais ils dormaient toujours !…

∴

El dise: « Tota es mor! Me ia percore la mundo,
me ia vola vagante tra la vias letin,
en tota esta partes do la vive ia estende
sua arenas oro e sua ondas arjentin:

Il reprit : « Tout est mort ! J’ai parcouru les mondes ;
Et j’ai perdu mon vol dans leurs chemins lactés,
Aussi loin que la vie en ses veines fécondes,
Répand des sables d’or et des flots argentés :

Tota es un deserto a borda de la acua,
e vortises miscada de mares tumultante…
Serta alga venta move esta sferas vagante,
ma no spirito esiste en tota esta vacua

« Partout le sol désert côtoyé par les ondes,
Des tourbillons confus d’océans agités…
Un souffle vague émeut les sphères vagabondes,
Mais nul esprit n’existe en ces immensités.

« Xercante la oio de Dio, me ia vide un orbita
vasta, oscur e sin fondo, cual la note abita,
estendente nel mundo, densinte sempre plu;

« En cherchant l’œil de Dieu, je n’ai vu qu’une orbite
Vaste, noire et sans fond, d’où la nuit qui l’habite
Rayonne sur le monde et s’épaissit toujours ;

« Alga arco-de-sielo, sirca acel poso sombre,
borda la caos vea cui vacua es la ombra,
un spiral engolinte la mundos e la dias!

« Un arc-en-ciel étrange entoure ce puits sombre,
Seuil de l’ancien chaos dont le néant est l’ombre,
Spirale engloutissant les Mondes et les Jours !

∴

« Destina statical, silente vijilante
o! tu, Nesesa fria, tu, Acaso ci avansa
entre la mundos mor su la neva eterna,
ta ce tu fri par grados la universo pal

« Immobile Destin, muette sentinelle,
Froide Nécessité !… Hasard qui, t’avançant
Parmi les mondes morts sous la neige éternelle,
Refroidis, par degrés, l’univers pâlissant,

« Cual cosa tu maneja, enerjia primeval,
con soles estinguida canselante lunlotra…
esce vera tu porta un alma nonmortal
entre un mundo morinte e la otra renasente

« Sais-tu ce que tu fais, puissance originelle,
De tes soleils éteints, l’un l’autre se froissant…
Es-tu sûr de transmettre une haleine immortelle,
Entre un monde qui meurt et l’autre renaissant ?…

« O tu, padre! esce me sensa tu en me mesma?
Esce tu pote vive e vinse an la moria?
O esce tu ia cade su un esforsa ultima

« Ô mon père ! est-ce toi que je sens en moi-même ?
As-tu pouvoir de vivre et de vaincre la mort ?
Aurais-tu succombé sous un dernier effort

« del anjel de la note colpada par maldise?
Me senti solitar, en plora e en sufri,
e si me mori alora tota donce va mori! »

« De cet ange des nuits que frappa l’anathème ?…
Car je me sens tout seul à pleurer et souffrir,
Hélas ! et, si je meurs, c’est que tout va mourir ! »

∴

Nun ia oia la jemis de la vitim eterna,
espresante a la mundo lo cual sua cor senti;
e cuasi desmaiante, sin forsa, el ia inclina
e ia clama la sola ci es veliada asi.

Nul n’entendait gémir l’éternelle victime,
Livrant au monde en vain tout son cœur épanché ;
Mais prêt à défaillir et sans force penché,
Il appela le seul — éveillé dans Solyme :

« Tu, Juda! », el ia cria, « tu sabe mea valua,
freta per vende me, completi esta comersia:
me es en dole, ami! sur tera me reposa…
Veni! o tu ci al min susede criminali! »

« Judas ! lui cria-t-il, tu sais ce qu’on m’estime,
Hâte-toi de me vendre, et finis ce marché :
Je suis souffrant, ami ! sur la terre couché…
Viens ! ô toi qui, du moins, as la force du crime ! »

Ma Juda vade a via, iritada e pensosa,
sentinte mal paiada, plen de un tal repenti
ce el leje sua malia scriveda sur la mures…

Mais Judas s’en allait, mécontent et pensif,
Se trouvant mal payé, plein d’un remords si vif
Qu’il lisait ses noirceurs sur tous les murs écrites…

Final, Pilato2 ci vijila per Cesar,
sentinte alga compatia, ia mostra el ala:
« Saisi esta demente! », el dise a la gardores.

Enfin Pilate seul, qui veillait pour César,
Sentant quelque pitié, se tourna par hasard :
« Allez chercher ce fou ! » dit-il aux satellites.

∴

El ia es la demente, esta loco suprema,
esta Icaro3 oblidada asendente la sielos,
esta Feton4 perdeda su la lampo del dios
esta Atis5 ci, ferida, Cibele reanima!

C’était bien lui, ce fou, cet insensé sublime…
Cet Icare oublié qui remontait les cieux,
Ce Phaéton perdu sous la foudre des dieux,
Ce bel Atys meurtri que Cybèle ranime !

La augur ia es studiante la viseras sanguosa,
la Tera, enebriante con la sangue valuosa,
la universo, aturdida, inclinante sua ase,
la Olimpo, tropezante breve sur sua basa.

L’augure interrogeait le flanc de la victime,
La terre s’enivrait de ce sang précieux…
L’univers étourdi penchait sur ses essieux,
Et l’Olympe un instant chancela vers l’abîme.

« Responde! », Cesar cria a Jupiter Amon6,
« Ci es esta dio nova intruida sur Tera?
E, si el no es un dio, al min el es demon… »

« Réponds ! criait César à Jupiter Ammon,
Quel est ce nouveau dieu qu’on impose à la terre ?
Et si ce n’est un dieu, c’est au moins un démon… »

La oraculo preada per sempre ia silenti;
sola algun ia ta pote esplica esta misterio:
el ci ia dona la alma al fies de la lom.

Mais l’oracle invoqué pour jamais dut se taire ;
Un seul pouvait au monde expliquer ce mystère :
Celui qui donna l’âme aux enfants du limon.

31 marto 1844.

1 La monte de la Olivos, a este de Ieruxalim.

2 Pontio Pilato ia es prefeto de Judea ci, de la anio 26, su la rena de la imperor Tiberio, e tra des anios. El ia comanda la crusi de Jesus, longo la Evanjelios.

3 La fio de la arcitetor Dedalo. El mori cadente en la la mar car volente vola tro prosima a la sol, evadente de la labirinto con alas de sira e de plumas creada par sua padre.

4 Un fio del dio Sol: prendente la caro solal de sua padre, ma perdente sua controla, el ia ensende la sielo e la Tera. Zeus ia lampi el.

5 Un pastor frigian joven e multe bela, par ci Cibele ia es enamada. Jelosa, Cibele fa ce el deveni demente e mutila se asta mori. Repentinte, Cibele reanima el.

6 La dio ejiptian Amon-Ra o Amun-Ra. Con la nom duple “Zeus Amon” o “Jupiter Amon”, el ia es similida con Zeus en Elas o con Jupiter a Roma.