Un strada cuasi vacua

Une rue presque déserte, un testo corta de Gilles Davray (1971)
Traduida de franses par Michel Gaillard

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Un strada cuasi vacua

Sirca me: la oscur. Estra esta luseta debil, a destra: la fenetra, la palos de lampo de la strada. Mea oios abitua a la oscuria; me distingui, alga neblosa, la moldur….

Autour de moi, c’est le noir. Sauf cette faible lueur, à ma droite: la fenêtre, les réverbères de la rue. Mes yeux s’accoutument à l’obscurité; je distingue très vaguement l’encadrement…

La eletrica ia debe refunsiona. Me recorda: cuando me ia reveni a casa, a alga tempo a ante, la strada e la construidas ia es envolveda en la sombre.

L’électricité a dû revenir. Je me souviens, tout à l’heure, lorsque je suis rentré, la rue et les maisons étaient plongées dans les ténèbres.

Me atenta lisca a un sonia, a cualce sonia… Me imajina un porto a la reposa de sol. Me sta solitar sur la molo e regarda la orizon. Un nave pasa distante…

J’essaie de glisser vers un rêve, quel qu’il soit… J’imagine un port au coucher de soleil. Je suis seul sur le quai et regarde l’horizon. Un navire passe au loin…

Me proba un paso prima, dirijente a la retangulo pal de la fenetra.

Je tente un premier pas, me dirige vers le rectangle pâle de la fenêtre.

No person en la strada. Lo ia debe pluve: la troteria brilia su la luseta jalin de la palos de lampo. Me cola mea fronte contra la vitro. La vila es gris, triste. On ta pote crede ce lo es abandonada.

Il n’y a personne dans la rue. Il a dû pleuvoir: le trottoir brille sous la lueur sale des réverbères. Je colle mon front à la vitre. La ville est grise et triste. On pourrait la croire abandonnée.

Un gota veni de colpa un vitro.

Une goutte vient frapper le carreau.

On debe senti fria, a basa. Vera, nos es en inverno… Un aira jelin pasa sur la construida ruinada do me abita. La mures grisin de la construida, a fronte, reapare a alga locas despintida, perforada con fenetras oscur, como un decora cual asconde un buco grande negra: la vacua. On ta pote lansa se ala, planea sin fini, e cade nunca car on ta ave no cosa. La infinita.

Il doit faire froid, en bas. C’est vrai que nous sommes en hiver… Un air vif passe sur l’immeuble délabré où j’habite. Le crépi grisâtre de l’immeuble d’en face reparaît, percé de fenêtres sombres, comme un décor qui cacherait un grand trou noir. Le vide. On pourrait s’y lancer et planer sans fin, sans jamais tomber, puisqu’il n’y aurait rien. L’infini.

Alga puntos luminosa, como stelas…

Quelques points lumineux, comme des étoiles…

Con brasos estendeda, me ta gida mea vola tra la eter, inclinante lejera cuando me ta vole verje. Lo ta sufisi ce me reti la testa per alti plu. Me ta es turnante tra longa, rapidinte a alga veses, cuando me ta basi la testa per vade a visita a su…

Les bras étendus, je guiderais mon vol à travers l’éther, m’inclinant légèrement lorsque je voudrais tourner. Il suffirait de redresser la tête pour reprendre de l’altitude. Je tournerais longtemps, prenant parfois de la vitesse lorsque je baisserais la tête pour aller voir plus bas…

Sur la vitro de la fenetra, un gota du veni de creve.

Sur le carreau de la fenêtre, une deuxième goutte de pluie vient de s’écraser.

Mea regarda tufa a la strada. Un silueta apare, a un angulo de strada. Un forma, prima nonserta… Un silueta frajil, pal. Como craseda par esta mures pesosa. Distante, lo pare multe peti. Lo avansa con paso regulada, lenta, sin freta. Botas es videda a basa del capa, ma la ruido de la talones no veni a me.

Mon regard plonge vers la rue. Une silhouette apparaît là-­bas, au carrefour. Une forme d’abord incertaine… Une frêle silhouette pâle. Écrasée par ces murs immenses. Elle paraît toute petite, lointaine. Elle avance de son pas régulier, lentement, sans se presser. Des bottes dépassent de son manteau, mais le bruit des talons sur l’asphalte ne me parvient pas.

Me ta gusta distingui la linias de sua fas… Un fas sur cual on divina la profondia de sua sonia… e sua nom: Talmania. E on sabe ce el vive en un isola, a la otra lado de la mar, sur la monte sacra do la rio tumultosa nomida Aurora nase.

J’aimerais pouvoir discerner les traits de son visage… Un visage sur lequel on devine toute la profondeur de son rêve… Et son nom: Talmania. Et je sais qu’elle vit dans une île, de l’autre côté de l’océan, sur la montagne sacrée où prend naissance le fleuve tumultueux que l’on nomme Aurore.

Me leje sur sua labios alga silabas cual turba me, e cual un venteta debil, sin duta venida de la mar, trae a via: « Salta! »

Je lis sur ses lèvres quelques syllabes qui me troublent et qu’une légère brise, venue sans doute de l’océan, emporte au loin: « Saute ! »

El avansa ancora, con sua paso peti regular. El es aora su mea fenetra, e la parfum de sua capeles invade subita e pleni tota mea sala. Me vide sua surie. E la mures disipa sirca el. La clima dulsi, subita. Me estende mea brasos e me vade a flota deletosa en la spasio.

Elle avance toujours de son petit pas régulier. Elle est là, maintenant, sous ma fenêtre, et le parfum de ses cheveux envahit soudain toute ma chambre. Je vois son sourire. Et les murs s’effacent autour d’elle. Il fait doux, soudain. J’étends les bras et me mets à flotter délicieusement dans l’espace.

Me inclina mea testa: mea vola aselera. El es apena a alga metres de distantia de me. Me saisi el e nos evade la strada umida, e nos enaira. Nos no vide ancora la sol, ma lo no vade a tardi, car nos asende sin sesa a la niveles superior.

J’incline la tête: mon vol s’accélère. Elle n’est plus qu’à quelques mètres de moi. Je la saisis par la taille et nous échappons tous les deux à la rue humide et nous envolons. Nous ne voyons toujours pas le soleil, mais ça ne saurait tarder, car nous nous élevons sans cesse vers les étages supérieurs.

« Per favore, pone me sur la molo ! Un nave espeta me. »

« S’il te plaît, dépose­-moi sur le quai ! Un navire m’attend. »

Me sensa un presa fria contra mea fronte. Como un vitro neblida. Sur la troteria, a su, un silueta peti distanti.

Je sens sur mon front une pression froide. Comme une vitre embuée. Sur le trottoir, en bas, une petite silhouette s’éloigne.

Un surie calda remente me de la venta en la arbores e la parfum deletosa de la tera umida. Poi la silueta fina desapare a la angulo de la strada.

Un sourire plein de chaleur me rappelle le vent dans les arbres et le délicieux parfum de la terre humide. Puis la fine silhouette disparaît au coin de la rue.

Mea fenetra ia resta cluida. Un gota tre de pluve veni de cade sur la cuadro de vitro.

Ma fenêtre est restée fermée. Une troisième goutte de pluie vient s’écraser sur le carreau.

Un strada vacua… Un strada vacua – o cuasi tal…

Une rue déserte… Une rue déserte – ou presque…

Car un silueta frajil surje al angulo de la strada.

Car une frêle silhouette débouche au coin de la rue.