Otavia

Otavia, o La ilude (Octavie, ou L’Illusion)
estraeda de La Xicas del foco (Les Filles du feu),
un colie de noveletas scriveda par Gérard de Nerval (1854)
Traduida de franses par Michel Gaillard

1

A la primavera del anio 1834, me ia senti un desira forte de visita Italia. A cada dia, cuando me velia, me ia es pre-aspirante la ole ru de la ipocastanias alpan; a la sera, la cascade de Terni2, la fonte spumosa del Teverone ia es surjente sola per me entre la portes roncinte de la postadio de un teatro peti… Un vose deletosa, como acel de la sirenas ia es resonante en mea oreas, como si la canas de Trasimeno3 ia ta prende subita un vose… Lo ia es nesesada ce me parti, lasante en Paris un ama nonsasiante, cual me ia vole evade par la distrae.


Ce fut au printemps de l’année 1834 qu’un vif désir me prit de voir l’Italie. Tous les jours en m’éveillant j’aspirais d’avance l’âpre senteur des marronniers alpins ; le soir, la cascade de Terni, la source écumante du Teverone jaillissaient pour moi seul entre les portants éraillés des coulisses d’un petit théâtre… Une voix délicieuse, comme celle des syrènes, bruissait à mes oreilles, comme si les roseaux de Trasimène eussent tout à coup pris une voix… Il fallut partir, laissant à Paris un amour contrarié, auquel je voulais échapper par la distraction.

A Marselia, me ia pausa prima. A cada matina, me ia vade a bani en mar a Castel-Verde4, e me ia persepi distante, en cuando me nada, la isolas riente de la golfo. A cada dia, ance, en esta baia azul, me ia es encontrante un jovenela5 engles, cui corpo ajil ia fende la acua verde a lado de me. A un dia, acel xica del acuas, cui nom es Otavia, ia veni a me, tota gloriosa de un pexa strana: ela ias teninte en sua manos un pex, cual ela ia dona a me. Me no ia pote preveni de surie, con un tal ofre.

C’est à Marseille que je m’arrêtai d’abord. Tous les matins, j’allais prendre les bains de mer au Château-Vert, et j’apercevais de loin en nageant les îles riantes du golfe. Tous les jours aussi, je me rencontrais dans la baie azurée avec une jeune fille anglaise, dont le corps délié fendait l’eau verte auprès de moi. Cette fille des eaux, qui se nommait Octavie, vint un jour à moi toute glorieuse d’une pêche étrange qu’elle avait faite. Elle tenait dans ses blanches mains un poisson qu’elle me donna. Je ne pus m’empêcher de sourire d’un tel présent.

A esta periodo, la colera ia es presente en la vila e, per evita la isolis, me ia deside prende la via tra tera. Me ia vide Nisa, Jenova6 e Firenze; me ia amira la Cupola e la Batizeria, la obras mestral de Micelanjel, la tore inclinada e la Campo santa de Pisa. Poi, en dirije a Spoleto, me ia pausa per des dias in Roma. La cupola de San Petro, la Vatican, la Coloseo ia apare, tal como un sonia. Me ia freta per prende la caron per Xivitavecia7, do me ia debe embarca.

Cependant le choléra régnait alors dans la ville, et pour éviter les quarantaines, je me résolus à prendre la route de terre. Je vis Nice, Gênes et Florence ; j’admirai le Dôme et le Baptistère, les chefs-d’œuvre de Michel-Ange, la tour penchée et le Campo-Santo de Pise. Puis, prenant la route de Spolette, je m’arrêtai dix jours à Rome. Le dôme de Saint-Pierre, le Vatican, le Colisée m’apparurent ainsi qu’un rêve. Je me hâtai de prendre la poste pour Civitavecchia, où je devais m’embarquer.

Tra tre dias, la mar furiosa ia tardi la ariva de la nave de vapor. Sur esta plaia abandonada, cuando a un dia me ias paseante, pensosa, me ia es cuasi devorada par canes. — A la sera ante la dia de mea parti, un comedia franses ia es juada a la teatro. Un testa blonde e vivosa ia atrae mea regarda: la jovenela engles ia es asi, ocupante un seja en un lojia ante la plataforma e acompaniante sua padre, parente descapasida, a ci la mediciste ia recomenda la clima de Napoli.

Pendant trois jours, la mer furieuse retarda l’arrivée du bateau à vapeur. Sur cette plage désolée où je me promenais pensif, je faillis un jour être dévoré par les chiens. — La veille du jour où je partis, on donnait au théâtre un vaudeville français. Une tête blonde et sémillante attira mes regards. C’était la jeune Anglaise qui avait pris place dans une loge d’avant-scène. Elle accompagnait son père, qui paraissait infirme, et à qui les médecins avaient recommandé le climat de Naples.

A la matina del doman, me ia prende joiosa mea bileta de pasa. La joven engles ia es sur la nivel alta de la nave, percorente lo con pasos grande e, nonpasiente par causa de lentia de la nave, ela ias mordente la cortex de un limon.
« Xica malfortunosa », me dise, « tu sufri a la peto, me es serta, e esta fruta no conveni a tu. »
El ia regarda, fisante me e dise:

« Ci ia avisa tu ?

— La sibil de Tibur8 », me dise sin embarasa.

« Vade! » el dise a me, « me no fida an cualce parola de tu. »

Le lendemain matin je prenais tout joyeux mon billet de passage. La jeune Anglaise était sur le pont, qu’elle parcourait à grands pas, et impatiente de la lenteur du navire, elle imprimait ses dents d’ivoire dans l’écorce d’un citron : — Pauvre fille, lui dis-je, vous souffrez de la poitrine, j’en suis sûr, et ce n’est pas ce qu’il faudrait. Elle me regarda fixement et me dit : — Qui l’a appris à vous ? — La sibylle de Tibur, lui dis-je sans me déconcerter. — Allez ! me dit-elle, je ne crois pas un mot de vous.

Disente acel, el regarda me tenera, e me no pote preveni me de besa sua mano. « Si me ta es plu forte », el dise, « me ta ensenia a tu como menti!… » E, riente, el menasa me con un basteta ornada par un testa oro cual el teni en sua mano.

Ce disant, elle me regardait tendrement et je ne pus m’empêcher de lui baiser la main. — Si j’étais plus forte, dit-elle, je vous apprendrais à mentir !… Et elle me menaçait, en riant, d’une badine à tête d’or qu’elle tenait à la main.

Nosa nave vade a ateni la porto de Napoli, e nos es traversante la golfo, entre Iscia e Nisida, du sites inondada par la focos del Oriente. « Si tu ama me », el continua, « tu va espeta me doman a Portitxi9. Me no dona a cualcun tal ajendidas.

Notre vaisseau touchait au port de Naples et nous traversions le golfe, entre Ischia et Nisida, inondées des feux de l’Orient. — Si vous m’aimez, reprit-elle, vous irez m’attendre demain à Portici. Je ne donne pas à tout le monde de tels rendez-vous.

El desende sur la plaza del Molo e acompania sua padre a la otel de Roma, resente construida a lado. Me, me vade a prende mea abiteria a retro de la Teatro de la Firenzanes. Tra esta dia me percore la via de Toledo, la plaza del Molo, visitante la Museo de la Studias10; poi me vade, a la sera, vide la baleto a San Carlo. Me encontra ala la marci Gargallo, ci me ia conose en Paris, e ci gida me, pos la spetaculo, per prende la te a casa de sua sores.

Elle descendit sur la place du Môle et accompagna son père à l’hôtel de Rome, nouvellement construit sur la jetée. Pour moi, j’allai prendre mon logement derrière le théâtre des Florentins. Ma journée se passa à parcourir la rue de Tolède, la place du Môle, à visiter le musée des études ; puis j’allai le soir voir le ballet à San-Carlo. J’y fis rencontre du marquis Gargallo, que j’avais connu à Paris et qui me mena après le spectacle prendre le thé chez ses sœurs.

Nunca me va oblida la sera deletosa cual segue. La marcesa reseta con onoras multe stranjeres en sua salon vasta. La conversa es pico como acel de la femes sabosa11; me crede es como en la sala blu de la cason de Rambouillet12. La sores de la marcesa, bela como la Gratias, renovi per me la prestijias de la Elas antica. On discute temposa sur la forma de la petra de Eleusi, demandante esce el ia es triangulo o cuadro. La marcesa ia ta pote responde con sertia, car ela es bela e orgulosa como Vesta.

Jamais je n’oublierai la délicieuse soirée qui suivit. La marquise faisait les honneurs d’un vaste salon rempli d’étrangers. La conversation était un peu celle des Précieuses ; je me croyais dans la chambre bleue de l’hôtel Rambouillet. Les sœurs de la marquise, belles comme les Grâces, renouvelaient pour moi les prestiges de l’ancienne Grèce. On discuta longtemps sur la forme de la pierre d’Eleusis, se demandant si sa forme était triangulaire ou carrée. La marquise aurait pu prononcer en toute assurance, car elle était belle et fière comme Vesta.

Me ia sorti de la palasio con la testa aturdida par esta discute filosofial, tal ce me no ia pote retrova mea abiteria. Tan longa me ia vaga en la vila ce, nonevitable, me ia debe es la eroe de alga aventura. La encontra cual ia aveni a me en acel note es la tema de la letera seguente, adirijeda a la fem cui ama fatal me ia crede evade par distanti de Paris.

Je sortis du palais la tête étourdie de cette discussion philosophique, et je ne pus parvenir à retrouver mon domicile. A force d’errer dans la ville, je devais y être enfin le héros de quelque aventure. La rencontre que je fis cette nuit-là est le sujet de la lettre suivante, que j’adressai plus tard à celle dont j’avais cru fuir l’amour fatal en m’éloignant de Paris.

Me es en un ansia estrema. De pos cuatro dias, me no vide tu, o me vide tu sola con otra persones; me es como presensante fatal. Ce tu ia es sinsera con me, me crede lo; ce tu ia cambia, de pos alga dias, me no sabe, ma me teme lo. Dio! Compatia mea nonsertas, o tu va atrae a nos alga malfortuna. Vide, me ta acusa me mesma, an tal. Me ia es timida, e dedicada a tu plu ca un om ta debe mostra. Me ia serca mea ama con tan cautia, me ia teme tan forte ofende tu – ci ia puni ja me a un ves – ce me ia es cisa tro delicata, e tal ce tu ia pote crede ce me es frida. Vera, me ia respeta un dia importante per tu, me ia reteni emosias capas de frati un alma, e me ia covre mea fas con un masca suriente, en cuando mea cor ias sofletante e ardente. Otras no ia maneja tu con tal cautias, ma ance cisa nun ia demostra un tal amosia vera, e ia senti tan forte tota lo cual tu valua.

« Je suis dans une inquiétude extrême. Depuis quatre jours, je ne vous vois pas ou je ne vous vois qu’avec tout le monde ; j’ai comme un fatal pressentiment. Que vous ayez été sincère avec moi, je le crois ; que vous soyez changée depuis quelques jours, je l’ignore, mais je le crains. Mon Dieu ! prenez pitié de mes incertitudes, ou vous attirerez sur nous quelque malheur. Voyez, ce serait moi-même que j’accuserais pourtant. J’ai été timide et dévoué plus qu’un homme ne le devrait montrer. J’ai entouré mon amour de tant de réserve, j’ai craint si fort de vous offenser, vous qui m’en aviez tant puni une fois déjà, que j’ai peut-être été trop loin dans ma délicatesse, et que vous avez pu me croire refroidi. Eh bien, j’ai respecté un jour important pour vous, j’ai contenu des émotions à briser l’âme, et je me suis couvert d’un masque souriant, moi dont le cœur haletait et brûlait. D’autres n’auront pas eu tant de ménagement, mais aussi nul ne vous a peut-être prouvé tant d’affection vraie, et n’a si bien senti tout ce que vous valez.

Ta ce nos parla franca: me sabe ce on ave alga lias cual un fem pote rompe sola laborosa, relatas noncomfortosa sola lenta rompable. Esce me ia demanda a tu sacrifias tro cargosa? Dise a me lo cual afeta tu, me va comprende. Tua temes, tua fantasia, la esijes de tua situa – no cosa pote turba la amosia vasta cual me senti per tu, o an desclari la puria de mea ama. Ma nos en junta va deside lo cual on pote aseta o combate, e, si alga nodas debe es taliada e no desliada, lasa ce me maneja esta. Un manca de francia, en esta momento, ta es cisa nonumana; cat, me ia dise lo a tu, mea vive depende de tua vole, e tu sabe bien ce mea desira xef es sola mori per tu.

« Parlons franchement : je sais qu’il est des liens qu’une femme ne peut briser qu’avec peine, des relations incommodes qu’on ne peut rompre que lentement. Vous ai-je demandé de trop pénibles sacrifices ? Dites-moi vos chagrins, je les comprendrai. Vos craintes, votre fantaisie, les nécessités de votre position, rien de tout cela ne peut ébranler l’immense affection que je vous porte, ni troubler même la pureté de mon amour. Mais nous verrons ensemble ce qu’on peut admettre ou combattre, et s’il était des nœuds qu’il fallût trancher et non dénouer, reposez-vous sur moi de ce soin. Manquer de franchise en ce moment serait de l’inhumanité peut-être ; car, je vous l’ai dit, ma vie ne tient à rien qu’à votre volonté, et vous savez bien que ma plus grande envie ne peut être que de mourir pour vous !

Mori – o Dio grande! Perce esta idea reveni a me a cualce momento, como si sola la moria ta ave la mesma valua como la felisia cual tu promete? La moria? An tal esta parola no pone alga oscur en mea pensa. Lo apare coronida con rosas pal, como a la fini de un banceta; me ia sonia a alga veses ce el es espetante me, suriente, a lado del leto de un fem adorada, pos la felisia, pos la enebria, e ce el dise a me: « Vade, jovenelo! tu ia reseta tota tua parte de joia en acel mundo. Aora, veni per reposa entre mea brasos. Me, me no es bela, ma me es bondisposada e aidante, e me no dona la plaser, ma la calmia eterna.

« Mourir, grand Dieu ! pourquoi cette idée me revient-elle à tout propos, comme s’il n’y avait que ma mort qui fût l’équivalent du bonheur que vous promettez ? La mort ? ce mot ne répand cependant rien de sombre dans ma pensée. Elle m’apparaît couronnée de roses pâles, comme à la fin d’un festin ; j’ai rêvé quelquefois qu’elle m’attendait en souriant au chevet d’une femme adorée, après le bonheur, après l’ivresse, et qu’elle me disait : — Allons, jeune homme ! tu as eu toute ta part de joie en ce monde. A présent, viens dormir, viens te reposer dans mes bras. Je ne suis pas belle, moi, mais je suis bonne et secourable, et je ne donne pas le plaisir, mais le calme éternel.

Ma do acel imaje ia es ja ofreda a me? A! me ia dise lo a tu: a Napoli, a tre anios a ante. Me ia encontra, a la note, prosima a la Villa-Reale, un jovenela ci sembla tu, un person multe bon cui labora es fa brodes de oro per la ornas de eglesa; sua mente ia pare vagante; me ia gida el a sua casa, an si el parla a me de un amor sua, un gardor suiz cui ariva el teme. An tal, el no ia esita confesa ce el gusta me plu… Cua me va dise a tu? Mea fantasia ia es ce me aturdi me per un sera intera e imajina ce esta fem, cui lingua me comprende apena, es tu mesma venida a me como par encanta.

« Mais où donc cette image s’est-elle déjà offerte à moi ? Ah ! je vous l’ai dit, c’était à Naples, il y a trois ans. J’avais fait rencontre dans la nuit, près de la Villa-Reale, d’une jeune femme qui vous semblait, une très-bonne créature dont l’état était de faire des broderies d’or pour les ornements d’église ; elle semblait égarée d’esprit ; je la reconduisis chez elle, bien qu’elle me parlât d’un amant qu’elle avait dans les gardes suisses, et qu’elle tremblait de voir arriver. Pourtant, elle ne fit pas de difficulté de m’avouer que je lui plaisais davantage… Que vous dirai-je ? Il me prit fantaisie de m’étourdir pour tout un soir, et de m’imaginer que cette femme, dont je comprenais à peine le langage, était vous-même, descendue à moi par enchantement.

Perce me ta taze a tu acel aventura e la ilude bizara cual mea alma ia aseta sin esforsa, plu pos alga vitros de Lacrima Christi spumosa cual ia es versada a me a la come? La sala de dormi do me ia entra ia es, en alga modo, cuasi mistica, par la acaso o la eleje strana de la ojetos contenida ala. Un madona negra covreda par trapos, cui vestes antica mea ospitor ia es encargada rejoveni, ia es presente sur un comoda, a lado de un leto con un baldacin de sarja verde; un portrae de san Rosalia coronida de rosas violeta, ia pare proteje la cuna de un enfante adormida; la mures, blancida par calce, ia es decorada con depintas vea de la cuatro elementos representante divines mitolojial. Ajunta a acel un desordina bela de stofas briliante, de flores artifis, de vasos etrusca; de mirores ensircada par cosas ostentosa cual refleta vivosa la lus de la lampa unica de cupre e, sur un table, un tratada de divina ritual e de la sonias, cual sujesta a me ce mea acompanior es alga sorsor o al min boemian.

Pourquoi vous tairais-je toute cette aventure et la bizarre illusion que mon âme accepta sans peine, surtout après quelques verres de Lacrima Cristi mousseux qui me furent versés au souper ? La chambre où j’étais entré avait quelque chose de mystique par le hasard ou par le choix singulier des objets qu’elle renfermait. Une madone noire couverte d’oripeaux, et dont mon hôtesse était chargée de rajeunir l’antique parure, figurait sur une commode près d’un lit aux rideaux de serge verte ; une figure de sainte Rosalie, couronnée de roses violettes, semblait plus loin protéger le berceau d’un enfant endormi ; les murs, blanchis à la chaux, étaient décorés de vieux tableaux des quatre éléments représentant des divinités mythologiques. Ajoutez à cela un beau désordre d’étoffes brillantes, de fleurs artificielles, de vases étrusques ; des miroirs entourés de clinquant qui reflétaient vivement la lueur de l’unique lampe de cuivre, et sur une table un Traité de la divination et des songes qui me fit penser que ma compagne était un peu sorcière ou bohémienne pour le moins.

Un bon vea fema con linias de fas seria ias veninte e vadente, servinte nos; en mea opina, el ta debe es sua madre! E me, tota pensosa, me ias regardante sin sesa, silente, ela ci remente me tan esata de tua memoria.

« Une bonne vieille aux grands traits solennels allait, venait, nous servant, je crois que ce devait être sa mère ! Et moi, tout pensif, je ne cessais de regarder sans dire un mot celle qui me rappelait si exactement votre souvenir.

Acel ias repetente a cualce momento: « Tu es triste? » E me ia dise a ela: « No parla: me pote apena comprende tu; italian fatiga me cuando me escuta o parla lo. — O!» ela ia dise, « me sabe parla ancora un otra lingua. » E ela ia parla subita en un lingua cual me no ia oia ja a ante. Lo ia es fada con silabas sonosa, gargal, pias plasente, un lingua primeval, sin duta – ivri, suri? me no sabe. Ela ia surie de mea stona e ia vade a sua comoda, de cual ela ia estrae ornas de jemes falsa, colaretas, brasaletas, coronas; tal ornada, el ia reveni a table, poi ia resta seria tra vera longa. La vea, entrante a un ves nova, ia esplode con rie e ia dise a me – me crede – ce tal on vide ela a la festas. A esta momento, la enfante ia velia e ia comensa cria. La du femes ia core a sua cuna, e pronto la joven fema ia reveni a lado de me teninte orgulosa en sua brasos la bambino13 subita pasida.

« Cette femme me répétait à tout moment : — Vous êtes triste ? » Et je lui dis : — Ne parlez pas, je puis à peine vous comprendre ; l’italien me fatigue à écouter et à prononcer. — Oh ! dit-elle, je sais encore parler autrement. — Et elle parla tout à coup dans une langue que je n’avais pas encore entendue. C’était des syllabes sonores, gutturales, des gazouillements pleins de charme, une langue primitive sans doute ; de l’hébreu, du syriaque, je ne sais. Elle sourit de mon étonnement, et s’en alla à sa commode, d’où elle tira des ornements de fausses pierres, colliers, bracelets, couronne ; s’étant parée ainsi, elle revint à table, puis resta sérieuse fort longtemps. La vieille, en rentrant, poussa de grands éclats de rire et me dit, je crois, que c’était ainsi qu’on la voyait aux fêtes. En ce moment, l’enfant se réveilla et se prit à crier. Les deux femmes coururent à son berceau, et bientôt la jeune revint près de moi tenant fièrement dans ses bras le bambino soudainement apaisé.

Ela ias parlante a sua enfante en esta lingua cual me ia amira, ocupante el con tisas grasiosa; e me, nonabituada a la efetos de la vinos ardeda del Vesuvio, me ia es sensante ce la ojetos jira ante mea oios: esta fem, con maneras strana, reial ornada, orgulosa e capris, ia es aparente a me como un de esta majistes fema de Tesalia, a ci on ia es donante sua alma per un sonia. O! perce me no ia teme detalia esta reporta? La causa es ce ance acel ia es un sonia, do sola tu ia rena!

« Elle lui parlait dans cette langue que j’avais admirée, elle l’occupait avec des agaceries pleines de grâce ; et moi, peu accoutumé à l’effet des vins brûlés du Vésuve, je sentais tourner les objets devant mes yeux : cette femme, aux manières étranges, royalement parée, fière et capricieuse, m’apparaissait comme une de ces magiciennes de Thessalie à qui l’on donnait son âme pour un rêve. Oh ! pourquoi n’ai-je pas craint de vous faire ce récit ? C’est que vous savez bien que ce n’était aussi qu’un rêve, où seule vous avez régné !

Me ia sutrae me a acel fantasma seduosa ma ance temable; me ia vaga en la vila vacua asta ce la campanas temprana sona; poi, sentinte la matina, me ia vade tra la stradas peti a retro de Chiaia, e me ia comensa asende la Posilipo14 supra la cava. Arivada tota a alta, me ia pasea regardante la mar ja blu, la vila con sua ruidos matinal, e la isolas de la baia do la sol comensa dora la niveles alta de la casas. Me tota no ia es tristida; me ia es paseante con pasos grande, corente, desendente la inclinadas, rolante en la erba umida; ma con, en mea cor, la idea de la moria.

« Je m’arrachai à ce fantôme qui me séduisait et m’effrayait à la fois ; j’errai dans la ville déserte jusqu’au son des premières cloches ; puis, sentant le matin, je pris par les petites rues derrière Chiaia, et je me mis a gravir le Pausilippe au-dessus de la grotte. Arrivé tout en haut, je me promenais en regardant la mer déjà bleue, la ville où l’on n’entendait encore que les bruits du matin, et les îles de la baie, où le soleil commençait à dorer le haut des villas. Je n’étais pas attristé le moins du monde ; je marchais à grands pas, je courais, je descendais les pentes, je me roulais dans l’herbe humide ; mais dans mon cœur il y avait l’idée de la mort.

O dios! me no sabe cual tristia profonda ias abitante mea alma, otra ca la pensa cruel ce me no ia es amada. Me ia vide ja cuasi la fantasma de la felisia, me ia usa tota la donadas de Dio, me ia es su la sielo la plu bela del mundo con la presentia de la natur la plu perfeta, de la spetaculo la plu vasta ofreda a la omes, ma a un distantia de cuatro sento legas a via de la sola fem ci esiste per me e ci iniora an mea esiste. No es amada, e no pote an ave un espera de lo. Alora me ia es tentada par la pensa ce Dio responde de mea esiste singular. Un sola paso per fa lo: a esta loca do me ia es, la monte es taliada como un falesa, la mar ia es roncinte, a basa, blu e pur; lo ia es mera un momento de sufri.

« O dieux ! je ne sais quelle profonde tristesse habitait mon âme, mais ce n’était autre chose que la pensée cruelle que je n’étais pas aimé. J’avais vu comme le fantôme du bonheur, j’avais usé de tous les dons de Dieu, j’étais sous le plus beau ciel du monde, en présence de la nature la plus parfaite, du spectacle le plus immense qu’il soit donné aux hommes de voir, mais à quatre cents lieues de la seule femme qui existât pour moi, et qui ignorait jusqu’à mon existence. N’être pas aimé et n’avoir pas l’espoir de l’être jamais. C’est alors que je fus tenté d’aller demander compte à Dieu de ma singulière existence. Il n’y avait qu’un pas à faire : à l’endroit où j’étais, la montagne était coupée comme une falaise, la mer grondait au bas, bleue et pure ; ce n’était plus qu’un moment à souffrir.

O! la asturdi de acel pensa ia es temable. A du veses, me ia prende la impulsa, e me no sabe cual potia ia rejeta me vivente sur la tera, cual me ia abrasa. No, o mea Dio! tu no ia crea me per mea sufri eterna. Me no vole ofende tu par mea mori; ma dona la fortia a me, dona a me la potia, dona a me supra tota la volunta cual fa ce algunes ariva a la trono, algunes a la gloria, algunes a la ama!

Oh ! l’étourdissement de cette pensée fut terrible. Deux fois je me suis élancé, et je ne sais quel pouvoir me rejeta vivant sur la terre, que j’embrassai. Non, mon Dieu ! vous ne m’avez pas créé pour mon éternelle souffrance. Je ne veux pas vous outrager par ma mort ; mais donnez-moi la force, donnez-moi le pouvoir, donnez-moi surtout la résolution, qui fait que les uns arrivent au trône, les autres à la gloire, les autres à l’amour ! »

Tra acel note strana, un fenomeno alga rara ia aveni. A la fini de la note, tota la abris de la casa do me sta ia lumina, un polve calda e sulfurin ia preveni ce me respira e, lasante mea concista fasil, adorminte sur la teraza, me ia entra en la stradetas cual gida a la castel San Elmo15; durante mea asende de la monte, la aira pu de la matina ia es inflante mea pulmones; me ia reposa deletosa su la pergolas de la casas, e contemplante sin teme la Vesuvio ancora covreda par un cupola de fuma.

Pendant cette nuit étrange, un phénomène assez rare s’était accompli. Vers la fin de la nuit, toutes les ouvertures de la maison où je me trouvais s’étaient éclairées, une poussière chaude et souffrée m’empêchait de respirer, et, laissant ma facile conquête endormie sur la terrasse, je m’engageai dans les ruelles qui conduisent au château SaintElme ; — à mesure que je gravissais la montagne, l’air pur du matin venait gonfler mes poumons ; je me reposais délicieusement sous les treilles des villas, et je contemplais sans terreur le Vésuve couvert encore d’une coupole de fumée.

A esta momento, me ia es saisida par la asturdi de cual me ia parla; la recorda de la ajendida con la jovenela engles ia estrae me de la ideas fatal cual me ia consepida. Pos ce me ia refresci mea boca con un de esta manos enorme de uva vendeda par la femes del mercato, me ia dirije me a Portitxi e me ia vade a visita la ruinas de Erculano16. La stradas ia es covreda con un sene metalin. Arivada a lado de la ruinas, me ia desende en la vila suteran e ia vaga tra longa de construida a construida, demandante a acel monumentos la secreta de lor pasada. Le temple de Vénus, acel de Mercurio, los parla futil a mea imajina. Lo ia es nesesada ce los es poplida con figures vivente. — Me ia reasende a Portitxi e ia para, pensosa, su un pergola, espetante mea nonconoseda.

C’est en ce moment que je fus saisi de l’étourdissement dont j’ai parlé ; la pensée du rendez-vous qui m’avait été donné par la jeune Anglaise m’arracha aux fatales idées que j’avais conçues. Après avoir rafraîchi ma bouche avec une de ces énormes grappes de raisin que vendent les femmes du marché, je me dirigeai vers Portici et j’allai visiter les ruines d’Herculanum. Les rues étaient toutes saupoudrées d’une cendre métallique. Arrivé près des ruines, je descendis dans la ville souterraine et je me promenai longtemps d’édifice en édifice demandant à ces monuments le secret de leur passé. Le temple de Vénus, celui de Mercure, parlaient en vain à mon imagination. Il fallait que cela fût peuplé de figures vivantes. — Je remontai à Portici et m’arrêtai pensif sous une treille en attendant mon inconnue.

Pos corta, ela ia apare, gidante sua padre ci pasea laborosa e ia presa forte mea mano, disente: « Lo es bon. » Nos ia eleje un luor de caro e nos ia vade a visita Pompei17 Con cual felisia me ia gida ela en la stradas silente de la colonia antica roman. Me ia studia ja la pasas la plu secreta. Cuando nos ia ariva a la templo de Isis, me ia ave la fortuna de esplica a ela la detalias de la culto e de la rituos cual me ia leje en la obras de Apuleio. Ela mesma ia vole jua la carater de la diva, e me ia es encargada de la rol de Osiris, cui misterios divin me ia esplica. Reveninte, colpada par la grandia de la ideas cual nos veni de discute, me no ia osa parla de ama a ela… Ela ia senti ce me es tan fria ce ela ia reproxa me de lo. Alora me ia confesa ce me no senti plu meritante ela. Me ia nara la misterio de acel apare cual ia velia en mea cor un ama vea, e tota la tristia cual ia susede a esta note fatal do la fantasma del felisia ia es sola la reproxa de un perjura.

Elle ne tarda pas à paraître, guidant la marche pénible de son père, et me serra la main avec force en me disant : « C’est bien. » Nous choisîmes un voiturin et nous allâmes visiter Pompéi. Avec quel bonheur je la guidai dans les rues silencieuses de l’antique colonie romaine. J’en avais d’avance étudié les plus secrets passages. Quand nous arrivâmes au petit temple d’Isis, j’eus le bonheur de lui expliquer fidèlement les détails du culte et des cérémonies que j’avais lues dans Apulée. Elle voulut jouer elle-même le personnage de la Déesse, et je me vis chargé du rôle d’Osiris dont j’expliquai les divins mystères. En revenant, frappé de la grandeur des idées que nous venions de soulever, je n’osai lui parler d’amour… Elle me vit si froid qu’elle m’en fit reproche. Alors je lui avouai que je ne me sentais plus digne d’elle. Je lui contai le mystère de cette apparition qui avait réveillé un ancien amour dans mon cœur, et toute la tristesse qui avait succédé à cette nuit fatale où le fantôme du bonheur n’avait été que le reproche d’un parjure.

Ai! tota esta es tan distante de nos! Des anios a ante, me ia reveni a Napoli, veninte de Oriente. Me ia vade a la otel de Roma e ia retrova la joven fema engles. Ela ia sposi un depintor famosa ci, corta pos sua sposia, ia es prendeda par un paralise completa; reclinante sur un leto de reposa, no cosa estra sua grande oios negra ia es movente e, ancora joven, el no ia pote espera sani, an su otra climas. Esta xica malfortunosa ia dedica ja sua esiste a vive triste entre sua spos e sua padre, — e sua dulsia, sua naivia virjinal no ia ta pote susede calmi la jelosia torturosa en la alma de sua spos. No cosa no ia ta convinse el per lasa sua sposa libre per sua paseas, e el ia es remente me de esta jigante negra ci vijila eterna en la cava de la djinis, e cui sposa es forsada bate el per preveni ce el sede dormi. O misterio de la alma umana! Esce on debe vide en tal depinta la marcas cruel de la venja del dios!

Hélas ! que tout cela est loin de nous ! Il y a dix ans, je repassais à Naples, venant d’Orient. J’allai descendre à l’hôtel de Rome, et j’y retrouvai la jeune Anglaise. Elle avait épousé un peintre célèbre qui, peu de temps après son mariage, avait été pris d’une paralysie complète ; couché sur un lit de repos, il n’avait rien de mobile dans le visage que deux grands yeux noirs, et jeune encore il ne pouvait même espérer la guérison sous d’autres climats. La pauvre fille avait dévoué son existence à vivre tristement entre son époux et son père, et sa douceur, sa candeur de vierge ne pouvaient réussir à calmer l’atroce jalousie qui couvait dans l’âme du premier. Rien ne put jamais l’engager à laisser sa femme libre dans ses promenades, et il me rappelait ce géant noir qui veille éternellement dans la caverne des génies, et que sa femme est forcée de battre pour l’empêcher de se livrer au sommeil. O mystère de l’âme humaine ! Faut-il voir dans un tel tableau les marques cruelles de la vengeance des dieux !

Me no ia pote dona plu ca un dia a la spetaculo de esta dole. La nave cual retrae me a Marselia ia sutrae como un sonia la recorda de esta apare carida, e me ia dise a me ce, cisa, me ia lasa ala la felisia. Otavia ia garda con ela acel secreta.

Je ne pus donner qu’un jour au spectacle de cette douleur. Le bateau qui me ramenait à Marseille emporta comme un rêve le souvenir de cette apparition chérie, et je me dis que peut-être j’avais laissé là le bonheur. Octavie en a gardé près d’elle le secret.

1 Depinta: La plaia Merjelina e la colina del Posilipo, par Alexandre Hyacinthe Dunouy (1757-1841).

2 La cascade de la Marmores, nondistante de Terni, en Italia sentral, cual ave un altia de 165 metres.

3 Trasimeno es un lago de Italia sentral, en la rejion Umbria.

4 La plaia de Arenc, con sua banieria famosa Château-Vert (Castel-Verde), ia es multe de moda, asta la media del sentenio 19. Tota acel ia es destruida en 1865 e ia desapare con la construi de un porto nova, la porto grande de Marselia.

5 Jovenela: un parola dialetal sinifiante “un joven fema”. Vide, plu basa, “un jovenelo”, per dise “un joven mas”.

6 Jenova: parola dialetal per “Genova”, un site en Liguria.

7 Xivitavecia: en italian, Civitavecchia.

8 Tibur es la nom antica de la vila de Tivoli cui templo de la sibil es la construi la plu vea.

9 En italian, Portici.

10 Probable la Museo arceolojial nasional, situada en la Palazzo degli Studi.

11 Femes sabosa: la parola franses orijinal es frles Précieuses.

12 La cason de Catherine de Vivonne, marcesa de Rambouillet, famosa per sua salon leteratural, cual ela ia maneja de 1608 asta sua mori en 1665.

13 Un itbambino es un enfante.

14 Un colina en la baia de Napoli.

15 En italian, castel Sant’Elmo: un castel medieval sur la colina del Vomero, a Napoli

16 O Ercolano, en italian. Un vila antica tota destruida par la eruta de la Vesuvio en la anio 79.

17 Un otra vila destruida par la eruta del Vesuvio en la anio 79.